Avec le déploiement de la dernière mise à jour de sa freebox (le boitier server de la Freebox Révolution), Free vient de déchaîner les passions autour d’une nouvelle fonctionnalité activée par défaut : un Ad Blocker. Les Ad-blockers, il n’y a rien de nouveau sous le soleil jusqu’ici, mais en positionnant ce filtre anti-pub sur chacune des freebox révolution, Free vient de rappeler à certains qu’il était maître à bord de son navire.
Le AdGate gate prend depuis quelques heures une dimension phénoménale notamment sur Twitter avec des utilisateurs qui applaudissent des deux mains la fin de la publicité intrusive, des professionnels qui vivent de cette même publicité qui s’inquiète de leur fin de mois, ou encore les passionnés du web qui crie à la fin de la neutralité du net.
Puisque chacun y va de son commentaire, alors je vais dans ce billet tâcher de faire une analyse de cette affaire et partager mon opinion sur le sujet.
Une arme de destruction massive?
Le filtrage de la pub n’a rien de nouveau et nombreux sont les internautes ayant déjà installé un Ad Blocker au niveau de leur navigateur web préféré. Personne n’a jamais crié au scandale et pointé du doigts ces plugins, mais le cas de Free divise et fait polémique. Un des points principaux c’est que cette nouvelle fonctionnalité est activée par défaut. Contrairement à l’installation de Ad-blocker, pas besoin de faire quoi que ce soit pour les freenautes pour se retrouver avec le filtre anti-pub activé (il faut tout de même mettre à jour sa freebox). Ce sont donc des centaines de milliers d’internautes qui d’un seul coup se retrouve hors du marché de la publicité. L’utilisateurs lambda, celui qui n’a jamais eu vent des plugins permettant de bloquer la publicité, vient ainsi grossir la liste des internautes qui ne pourront plus cliquer sur une publicité, ou afficher une bannière Adsense.
Que va-t-il advenir de tous les éditeurs qui vivent de la publicité? Sont-ils tous condamnés à mourir? Free c’est un peu plus d’un tiers de abonnements ADSL. Bien que chaque freenaute ne soit pas équipé d’une Freebox Révolution, on fera une grossière approximation en disant que les éditeurs risques ainsi de se voir privés de 30% de leur recette publicitaire. Est-ce que Free ne vient pas de signer l’arrêt de mort de nombreux sites plus ou moins gros qui ne peuvent survivre sans la précieuse manne financière versée par Google?
Dans un très bon article, Pingout pourtant directement concerné par le AdGate, conclue en disant « Ceux qui se sortiront le mieux de l’effondrement potentiel de la publicité sur Internet ne sont pas ceux qui hurleront à la censure et qui insulteront Xavier Niel, mais ceux qui auront l’audace et l’intelligence de trouver d’autres modèles ». Je suis complètement d’accord avec lui, mais on ne peut fermer les yeux sur le fait que de nombreux sites et agences ne se relèveraient pas d’un tel cataclysme.
Pas de contenu gratuit sans publicité?
Ce que je lis majoritairement sur Twitter depuis quelques heures c’est que sans publicité ce serait la fin du contenu gratuit sur le net. Il semblerait que la seule alternative existante à la publicité serait l’abonnement contre euros sonnant et trébuchant… N’est-ce pas un peu réducteur? Ne peut-on pas comme le suggère Pingout trouver des alternatives crédibles à la fin de la publicité? Je n’ai pas personnellement de réponse à cette question, mais j’avoue avoir quelques peu le cerveau en ébullition depuis quelques heures : et si on trouvait une alternative? et si on réinventait le web gratuit?
L’exemple de crowdfunding
Je risque de me faire chahuter, mais j’ose tout de même une comparaison. Avant pour lancer la production d’un nouveau produit il fallait réunir des fonds, avancer des sommes importantes pour stocker son produit révolutionnaire, et espérer qu’ils seront bien tous vendus, ou en tout cas suffisamment pour rentrer dans ses frais et mettre quelques chose dans son assiette. Et puis des petits malins on inventé le crowdfunding : on vend avant même d’avoir produit, et hop on dispose à la fois d’une idée de la taille du marché des ses early adopter, et un financement en amont de la production à venir, production elle même déjà vendu. Il y a quelques années, on ne parlait pas de crowdfunding… mais l’idée à germer quelque part et fait le bonheur de nombreuse startup qui se sont ainsi financer auprès de leur futurs clients.
Détruire pour mieux reconstruire.
Le matin en partant bosser j’écoute Stéphane Soumier sur BFM Business. On y parle souvent de Schumpeter et du processus de « création destructrice ». On s’accorde souvent à dire qu’il faut savoir sacrifier une industrie ou une technologie obsolète, accepter les effets néfastes à court terme pour savoir passer aux industries et aux technologies qui deviendront moteur de l’économie future. Pourquoi ne serait-ce pas applicable au web?
Sur Twitter, Fontana rappelait à la communauté des blogueurs qu’ils étaient parmi les premiers à demander à l’industrie du disque d’arrêter de se plaindre et de trouver un autre business model. Parfois c’est sous la contrainte qu’on réussit à se réinventer. De là dire que Free va donner un coup de fouet à l’innovation sur le financement des contenus gratuits…
Quelles motivations pour Free?
La question qui se pose également c’est de savoir le pourquoi du comment. Pourquoi Free a-t-il ajouté cette fonction? Est-ce réellement pour éviter aux freenautes d’être envahi par la pub? Rien n’est moins sûr! C’est sans doute d’abord un moyen de montrer à Google sa puissance de feu. Julien Ramel estime que l’Ad Blocker de la Freebox Révolution pourrait coûter jusqu’à 2,75 millions d’euros par jours à Google. Sur 38 milliards de chiffre d’affaire (source wikipédia), cela représenterait 3% de perte de revenues pour le géant américain.
Le différent entre Free et Google.
Le bras de fer entre Free et Google ne date pas d’hier. Free souhaite que Google participe au financement de la bande passante nécessaire à ses services fortement consommateur, et en premier lieu Youtube. Free souhaiterait ainsi facturer des « autoroutes » entre Youtube et les Freenautes à Google. Google de son côté argumente sa position en expliquant que Youtube donne de la valeur au FAI et qu’il participe ainsi à la valorisation du service de Free… en attendant, Youtube emprunte des routes départementales jusqu’aux freebox, et les abonnées du trublion du net se retrouvent frustrés par les ralentissement permanents lors du visionnage des vidéos de Youtube.
Free est-il de taille.
Avec la mise à jour de la freebox révolution, Free ne menace plus, mais à lancer la première attaque. On peut alors s’inquiéter (je parle en tant que freenaute) des représailles potentielles du géant américain. Se retrouver sans Gmail, youtube, et tous les autres services de Google, la joie des feenautes débarrassés de la publicité pourrait être de courte durée.
Et quid de la neutralité du net?
L’autre grand débat, plus philosophique, concerne la neutralité du web et le fait de savoir si Xavier Niel vient d’ouvrir la boite de pandore. Sur le principe c’est bien du filtrage, mais du filtrage désactivable, mais activer par défaut… une censure par défaut dont on pourrait d’affranchir? On s’offusque que la « censure » d’internet arrive en France par Free.
Il n’est pas facile de savoir s’il faut parler de censure. Free n’empêche pas d’accéder à quoi que ce soit. Vous trouverez toujours à acheter vos chaussures sur votre site préféré… mais par défaut, on ne pourra plus vous annoncer la promo de la semaine.. Gosh, à 5 jours des soldes, ça promets de sérieux commentaires et débats si les e-commerçants font de mauvais chiffres!
Pour conclure…
Il est tard ; je vais conclure (et publier avant relecture, mea culpa je corrigerais les fautes demain matin).
Je ne pense pas qu’il y ait atteinte à la neutralité du web à partir du moment où on peut d’affranchir de se filtrage. Il serait je pense dommage et réducteur de se réfugier derrière cette bannière pour alerter sur une problématique réelle du financement du contenu gratuit sur internet.
S’il ne devait pas s’agir uniquement d’une menace grandeur nature de Free envers Google, alors oui je compatis avec tous ceux qui vont avoir un impact direct sur leur activité. Mais quel secteur d’activité n’a jamais été impacté par une modification plus ou moins imposée par une grande entreprise? Demandez aux PME du secteur de l’automobile qui ont vus leur revenus fondre lorsque les constructeurs automobiles français ont décidé de réduire leur coût en faisant fabriquer en Europe de l’Est.
Je suis un éternel optimiste, et je pense que l’avertissement de Free est une formidable opportunité pour repenser le modèle du gratuit dans son ensemble. Inventé quelque chose de neuf, moins soumis aux aléas des tiers comme c’est le cas pour les business models fondés exclusivement sur la publicité. Il y a peut être the next bug thing qui émergera en France du fait de ce AdGate made in Free.
Je pondérerais cependant en notant que Free semble bloquer (par effet de bord) la remontée des stats de Google Analytics ce qui est contestable et va fausser les metrics de nombreux sites vivant ou non de la publicité Adsense.
Free aurait pu choisir de demander aux freenautes d’activer la fonction. L’émoi suscité par le Ad blocker de Free aurait alors peut être été moindre, mais Iliad aurait perdu de l’effet sans doute recherché dans sa bataille avec Google.
On peut craindre une escalade dans les jours qui viennent si Google choisit de répondre par la force…

C’était donc bien une façon pour Free de monter à Google qu’un opérateur peut toujours avoir les derniers mots envers un fournisseurs de contenu. Cette démonstration grandeur réelle aidera-t-elle Free à faire assouplir sa position au géant américain? Une chose est sûre, le combat qu’a engagé Free avec Google ne va pas servir qu’à Free puisque tous les opérateurs sont concernés par la croissance de Youtube qui les oblige à investir toujours plus pour garantir en bande passante suffisante sans pouvoir en recueillir le moindre bénéfice.
Quoi qu’il en soit, il semblerait d’après les différents témoignage sur le web que la pub soit de retour sur les freebox depuis 8h30 ce matin. Affaire à suivre…